En novembre dernier, nous étions à Toulouse pour “3 jours de solidarité avec les prisonnièr-e-s kurdes en Turquie” lors desquels nous avons écrit des lettres aux femmes prisonnières politiques.
Voici une lettre reçue en réponse par une camarade qui nous l’envoie et que nous publions ici avec sa traduction.

Salut chère L. :)

Les cartes que vous avez envoyées, je les ai récupérées ce jour. J’ai été tellement contente et heureuse que je me suis empressée de répondre maintenant… Avec la carte que tu as écrite, il y avait deux autres cartes, une jaune, et une autre rose, mais ces amies n’ont pas écrit leur noms : comme elles ne l’ont pas écrit, je ne connais pas leurs prénoms… Moi et les amies ici on a été très heureuses : une plume d’oiseau rouge, des étoiles, des odeurs qui sentent bon sur les cartes :). Il y a 3 cellules collectives, on peut estimer à 80 femmes au total, moi je suis dans une cellule où nous sommes 23 femmes, mais on a aussi un petit de 2 ans et demi avec nous :) il s’appelle Umut [ça veut dire espoir], et lui est avec sa mère qui s’est fait récemment arrêter, nous avons aussi une « mère » de 70 ans avec nous… [les personnes âgées sont appelées des mères, « femmes sages » en gros] Ici on passe du bon temps quand même, rempli, nous essayons que ça le soit, rempli : parfois nous dansons le halay [danse traditionnelle kurde/turque] en chantant, parfois on joue au volley-ball, parfois on fait des gâteaux, on fait du théâtre, des sketchs. En somme, on fait de la résistance par notre rire et par la bonne humeur :). À toi / à vous, j’ai voulu vous faire un dessin avec plein de couleurs, mais ici il n’y a pas de peinture, c’est interdit, c’est pourquoi je vous fais un dessin moi aussi avec le stylo avec lequel j’écris. Je ne suis pas très bonne en dessin, mais j’aime bien dessiner. Chanter, dessiner, écrire des poèmes, j’aime ça. Un jour, quand la liberté sera là, et qu’on se retrouvera je vous chanterai des chansons, pourquoi pas, non ? :) ça se fait !!

Ici on n’arrive pas non plus à faire des photos, si je pouvais j’aurais pris une photo que je vous aurais envoyée, mais comme je l’ai dis c’est interdit, alors je peux pas vous l’envoyer… Mais toi tu pourrais m’envoyer ta photo, vos photos, ça me ferait bien plaisir :) Moi j’ai 25 ans, je dois rester encore 7 ans dans les geôles. Tant que l’esprit et le cœur restent libre, quelle importance d’avoir son corps emprisonné ? Ici il y a des amies qui sont dedans, c’est à dire emprisonnées depuis plus de 30 ans, c’est des personnes tellement belles, tellement courageuses, il y a une phrase de Heval [camarade] Beritan qui me vient à l’esprit souvent : « celle qui se bat se libérera, celles qui se libèrent s’embelliront, celles qui s’embellissent seront aimées » dit-elle… Il y a une chose que je sais, nous sommes les femmes des temps difficiles, c’est pour ça que nous avons des cœurs tellement gros que ceux qui veulent leur faire du mal ça leur « brûle leur maison », ils ont peur de nos cœurs. Nous toutes, nous avons le grand Amour en partage, c’est pour ça que de la France à Istanbul, d’Istanbul à la France, nous nous rejoignons, c’est la réalité de cet amour qui s’y reflète… Je peux ne jamais vous avoir vues, mais dorénavant, un lendemain avec une nouvelle liberté est là… Pouvoir vous voir, vous enlacer, ça nous donne encore plus l’envie, nous allons encore plus rire, résister, chanter :)

Ma chère et précieuse L., toi, et les autres qui m’ont écrit, vous ces belles femmes, pour votre amitié, pour votre soutien, je / nous vous remercions :) Avoir un bonjour de vous, nous / m’a rempli de bonheur… Je ne sais pas qui vous a donné mon adresse, peut-être Zehra Doğan, je ne sais pas, mais ça a été une belle surprise :) Je voudrais, nous voudrions continuer de correspondre avec toi/avec vous…
Qu’on ait encore l’odeur de vous qui sentiez la rose, et qu’on consolide encore nos espoirs, et nos amitiés…

Heureusement que vous êtes là,
Toi et les autres je vous aime,
Je vous embrasse tendrement.
Votre amie M. P.
(adresse…)

Sur le dessin
Je vous enlace avec tout mon amour le plus sincère. M. P.