Depuis 2014, avec le collectif Solidarité femmes Kobanê, nous avons créé des liens ici en France entre collectifs féministes et mouvement des femmes kurdes, à travers des temps d’échanges et de rencontres. Nous sommes fortes de ces expériences : non-mixité, mouvement de base, revendication de la présence des femmes dans la pluralité de leurs engagements, critique des féminismes eurocentrés, liés à l’Etat et au capitalisme, sortie de l’agenda politique imposé par l’Etat, conviction de porter un projet révolutionnaire basé sur une histoire et des savoirs des femmes.

Dans cette envie grandissante de traduire ces rencontres par une implication féministe locale qui s’inscrirait dans le temps, et par des alliances au-delà du mouvement kurde, nous avons cherché à créer des outils de lutte collectifs et concrets. Mais nous nous sommes heurtées à  la guerre, la répression, la disparition d’une sphère sociale non-militarisée et au durcissement des frontières.

La dernière rencontre à l’invitation du collectif a eu lieu l’été dernier, dans la région du Triève près de Grenoble, à Kraken, un projet qui met à disposition de groupes féministes un espace de ressourcement et de création. Pendant trois jours, nous nous sommes interrogées sur nos expériences en tant que collectif, en discussion avec d’autres expériences de luttes.

Un travail de critique des politiques de solidarité féministe nous a amenées à voir que la solidarité pour être effective devait être locale et transnationale à la fois. Que si le sujet individuel et/ou collectif de cette solidarité ne s’ancre pas dans un engagement situé localement, il prenait le risque de se poser comme un sujet politique universel abstrait. Quand les luttes et les causes sont ancrées et situées , elles peuvent apprendre les unes des autres de leurs différences et inventer de nouvelles pratiques de lutte. Elles peuvent participer à créer un collectif d’alliance qui ne reproduit pas les logiques de représentation politique traditionnels de porte parole  et qui s’efforce de ne pas reproduire les dominations internationales courantes en politique, y compris dans les féminismes. Un féminisme transnational/local permettrait un renforcement mutuel des femmes de part et d’autre des frontières.

Nous souhaitons aujourd’hui contribuer à créer des espaces nouveaux de confiance et de partage qui tissent en retour de nouvelles localités de lutte. Pour cela nous nous avons décidé de mettre fin au Collectif Solidarité Femmes Kobanê.

Nous continuons à être solidaires du mouvement de femmes libres qui résistent contre les attaques de l’Etat turc à Bakur et au Rojava et qui subissent les conséquences des calculs impérialistes dans la région. Le slogan de lutte des femmes kurdes “Femme, Vie, Liberté” (Jin, Jiyan, Azadi) signifie la place vitale des femmes dans toute transformation sociale, économique et écologique. Nous souhaitons partir de ces expériences pour tisser des alliances féministes trans-locales anti-nationalistes et contre les frontières.

Jin, Jiyan, Azadi !

Il est possible de consulter les archives des publications et des actions du collectif ici :
https://facebook.com/solidaritefemmeskobane
http://solidaritefemmeskobane.aelink.net